Je l'ai connu par Sandra, son humaine, qui devait s'absenter régulièrement pour son travail. Bounty était un British Shorthair gris, l'un des deux compagnons de Sandra, aux côtés de Newt. Il avait 18 ans, un âge où les chats méritent une présence rassurante et une douce vigilance. Un an avant que je le rencontre, Bounty avait eu un AVC qui l’avait rendu fragile même s’il s’en était très bien remis. Sandra, sachant qu'elle ne pouvait pas le laisser seul lors de ses déplacements, cherchait quelqu'un qui ne ferait pas simplement "passer" mais qui serait là.
C'est comme ça que nous nous sommes trouvés.
Ce qui frappe d'abord chez Bounty, c'est sa présence. Malgré son âge, il était étonnamment dynamique ; toujours là, surtout quand l'heure de manger approchait ou que quelqu’un allait dans la cuisine. Proche sans être collant, indépendant, avec un petit caractère bien à lui. Bounty était le genre de chat qui vous donne l'impression d'être choisi, pas simplement toléré.
À ma grande surprise et à celle de mes proches, Bounty s'est bien entendu avec mes chats et mon petit carlin. En même temps, à son âge, j’ai envie de dire qu’"il en avait vu d’autres".
Chaque visite devenait un rituel, il me/nous reconnaissait. Il a très vite pris ses repères. Avec le temps, un lien s’est créé avec lui. C’est d’ailleurs souvent ce qui se passe quand on partage le quotidien d’un animal, quand on veille sur lui et quand on apprend à reconnaître ses habitudes et ses humeurs.
Les dernières temps, Bounty n’avait pas toujours toute sa tête. Il m’a d’ailleurs laissé quelques souvenirs… dont certaines chaises qu’il m’a fallu remplacer. Ces moments m'auraient habituellement exaspérée mais chez Bounty, je ne voyais qu’un être qui avait besoin de moi, qu’on prenne soin de lui et qu'on soit patient.
Un matin, très tôt, il s'est éteint dans mes bras. Avec Sandra, nous avons décidé qu’il resterait près de moi, dans mon jardin. Nous y avons planté un rince-bouteille (un arbuste qui fait de magnifiques fleurs rouges, la couleur de son petit harnais) en sa mémoire. C’est en quelque sorte un petit coin de verdure où l'histoire de Bounty ne finit pas vraiment.
Mais Bounty n'a pas simplement laissé un arbuste dans mon jardin. Il a laissé quelque chose de bien plus profond.
Il y a d'abord le lien que nous avons créé, lui et moi. Puis, grâce à lui, le lien qui s'est noué entre Sandra et moi. Même maintenant, je continue à m'occuper de Newt, son copain. Sandra et moi gardons le contact, nous restons connectées par ce fil invisible qui unit les humains qui aiment le même animal. C'est un lien qui ne se coupe pas, qui se transforme mais qui reste là.
Et puis, il y a ce qu'il m'a fait comprendre de moi-même. En prenant soin de Bounty, en veillant sur lui, en sachant que ma présence comptait, j'ai senti que j’étais à ma place. C'était ça que je devais faire. Pas juste garder des animaux, mais être ce maillon essentiel, cette présence rassurante, ce lien vivant entre un humain et son compagnon quand la vie impose ses séparations.
Certaines rencontres changent tout. Bounty en était une.